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Si vous regardez beaucoup de séries américaines vous avez du finir par remarquer deux choses étranges, d’abord, ils mangent vraiment tôt. « Je passe te chercher à 18h » c’est du grand n’importe quoi, mais surtout, jeter ses détritus au sol ou traverser en dehors des passages piétons est lourdement sanctionné, voire criminel. Dans un pays où la promotion d’armes automatiques par ailleurs en vente libre est autorisée, on se dit que les priorités ne sont pas les mêmes outre-Atlantique.

1000€ d’amende pour avoir jeté des détritus au sol, AK47 à la ceinture,

ça fait bizarre.

Ou alors il y a anguille sous roche, et effectivement il y a bien un poisson sous le caillou : Ces lois ont été promulguées après d’énormes « campagnes de communication »* venues des lobby et industries de l’automobile et de l’alimentaire.

*campagne de communication c’est une manière sympa de dire propagande.

Cas n°1 Jay Walking: être dans les clous

Dans les années 1910 et 1920, c’est les débuts de l’automobile aux usa. Imaginez un peu la scène : des engins inédits et plus qu’expérimentaux dans les mains de conducteurs inexpérimentés : un carnage. De nombreux accidents marquent les débuts d’une cohabitation et d’un partage houleux des routes, jusque là propriété des piétons. Ceux-ci s’insurgent, à juste titre, contre ces nouveaux robots tueurs venus du futur (ne dépassant pas les 16km/h) et demandent aux constructeurs automobiles de prendre leurs responsabilités.

C’est le démarrage d’une véritable guerre qui vise à déterminer à qui appartient les routes publiques *spoiler alert* les voitures ont gagnées. On voit apparaître dans la presse des articles dénonçant l’irresponsabilité des « jay walkers » ce nouveau terme très poussé par les lobbies de l’industrie automobile désigne les passants qui traversent hors des passages piétons. Le portrait du jay walker est peint avec toute la nuance propre aux campagnes de l’époque, il s’agit d’un genre de va nu pied, trop pauvre pour se payer une voiture et trop abruti pour faire attention où il marche, bref, c’est un raté qui fait barrage à l’évolution sociale. Le but est simple : manipuler l’opinion publique en retournant la culpabilité sur la victime. S’il se fait écraser c’est de sa faute, la route appartient aux automobiles, achetez une automobile.

En France, le code de la route s’applique aussi aux piétons qui doivent emprunter un passage piétons si celui-ci se situe à moins de 50 mètre, sous peine de se voir infligé une amende de ..4€  En vue des gros titre du Dauphiné, je pense qu’on peut dire sans trop s’avancer que cette loi est peu appliquée.

Cas n°2 Littering: pic de pollution

1000$ pour avoir jeté des détritus à terre, on ne savait pas les états unis -encore en plein doute sur l’existence même du réchauffement climatique- tant à cheval sur les questions écologiques. Et on avait raison. Si les consciences s’éveillent outre-Atlantique, ce n’est pas du tout dans cette démarche que furent diffusées les premières campagnes anti-littering (contre la pollution) dans les années 50. A la fin de la seconde guerre mondiale, les usines américaines tournent à pleins régimes et les idées révolutionnaires pour assurer une consommation non stop des produits qui en sortent fusent. Articles passés de mode, obsolescence programmée et produits jetables, bienvenu dans l’ère de la surconsommation. Les emballages en aluminium (puis plus tard en plastique) viennent remplacer les contenants en verre, réutilisables, et polluer le paysage américains, notamment les champs. Les éleveurs et agriculteurs se plaignent de cette nouvelle hérésie qui affecte leurs bétails, et la première loi régulant les « bouteilles jetables » voit le jour dans le Vermont en 1953.

Encore une fois, on (le peuple) exige des grand groupes (une infime minorité) d’éviter d’écraser des gens dans la rue et ne pas faire manger de métal aux vaches, des demandes tout fait raisonnable. Mais en atteste les trottoirs et passages réservés qui encadrent nos sorties piétonnes, les routes ne nous appartiennent plus, et les océans n’appartiennent plus aux poissons. Comment vendre un produit (automobile, aluminium, plastique) lorsque l’on a l’opinion publique contre soi ? Simplissime : changer l’opinion publique, pour cela rien de telle que la propagande !

La propagande, pensez-y !

Ces campagnes de propagande tournent autour d’un sentiment : la honte. Rien de telle qu’une bonne petite séance d’humiliation publique pour remettre tout ce petit monde en place.

« Nous nous sommes aperçus que dans les gestion de la circulation il faut considérer l’étude de la psychologie humaine plutôt que de l’approcher comme un simple problème d’ingénierie. La raillerie de leurs concitoyens est bien plus efficace qu’aucune autre technique que l’on puisse adopter » E. B. Lefferts membre du Club automobile de Californie du Sud en 1927.

Propagande ou publicité? Si elles utilisent les même médium (messages, affiches, vidéos) et navigue dans la même direction : influencer votre opinion, il faut différencier la publicité et la propagande. La publicité fait passer un message, incite à une action (l’achat d’un produit), elle est aussi soumise à des régulations. La propagande quant à elle, promeut ou condamne une idéologie de manière répétée, pas de place au libre arbitre, la vérité est secondaire.

 

Keep America Beautiful est une association à but non lucratif pour la défense de l’environnement, fondée en 1953 par un consortium d’entreprises américaines dont Philip Morris, PepsiCo ou encore Coca-Cola. Ils sont à l’origine de la campagne iconique du « crying indian », ce fameux spot de pub datant de 1970 et mettant en scène un amérindien (d’origine italienne mais passons) naviguant à travers un monde de détritus qui fut autre fois la contrée de ces ancêtres, la larme à l’œil. Elle est surement plus connue en France sous sa parodie dans Les Simpsons:

« Certains ont le plus profond respect pour la beauté naturelle qu’était autrefois ce pays, d’autre non. Le peuple est à l’origine de la pollution, le peuple peut y mettre fin. »

Le slogan est simple, il décharge la culpabilité sur le consommateur et plus, la responsabilité de régler le problème.

Ces deux exemples sont flagrants, il serait simple -et surement naïf- de penser ce genre de dérives réservées à un temps lointain où éducation et information n’étaient pas accessibles à tous. Aujourd’hui, avec un accès toujours plus facile à internet et aux milliards de ressources qui en découle, de telles manipulations semblent impossibles, la diversité des sources et des opinions font barrage à un mode de pensée unique. Mais la plateforme web amène avec elle de nouveaux dangers, homogénéisation de l’information, les données se retrouvent de manière organique dans les meilleurs résultats des moteurs de recherches parce que bien référencés d’un point de vue technique et/ou très populaire auprès des utilisateurs, les critères de véracité de l’information ou de crédibilité peuvent arriver en seconde position (pour le moment, Google a annoncé en mars dernier l’investissement de 300 millions de dollars pour lutter contre la propagation des « fake news ». Corps de presse accrédités, blogs personnels, et médias d’opinion se retrouvent côte à côté avec information erronées, fake news et hoax en vrac. A l’heure des personnage à la Trump et ses «faits alternatifs »*

*terme politique pour désigner une propagande

il est urgent de redonner ses lettres de noblesse à une presse accréditée, à même d’informer le peuple pour faire front ensemble aux abus et pressions extérieures, une presse qui, en retour, se doit d’être irréprochable. Même si ¾ des français se méfient des données relayées sur les réseaux sociaux, ceux-ci restent une source d’information quotidienne pour 73% des jeunes français de 18 à 24 ans.

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